22 juin 2009
Neil Young
People On The Street
Le premier clip que Tim Pope réalisa pour Neil Young fut Wonderin'. Le résultat plût beaucoup au Looner, si bien qu’il redemanda au réalisateur anglais d’en produire d’autres. Ce fut le cas pour plusieurs titres de l’album Landing On Water sorti en 1986. Ces vidéos ne furent pas du tout au goût, il fallait s’en douter, de la maison de disque Geffen, qui voulait faire du chanteur de Heart of Gold une superstar des années 80, à l'instar de Bowie ou Springsteen.
Plus gênant, elles ne plaisaient pas non plus à la chaîne MTV. Pourtant il faut voir Touch The Night, où Neil Young joue l’animateur télé d’un cop-reality show, interrogeant en direct la victime d’un accident. Filmé en une seule prise, ce clip montre parfaitement la tension du direct et la tentation voyeuriste de l’audimat.
Il faut voir Weight Of The World, où le Looner joue le rôle d’un certain Marco, un jet-setter mexicain qui se noie dans une piscine au milieu de milliardaires déjantés. Cette vidéo n'a été diffusée pour la première fois sur une chaîne de télévision que 20 ans après sa réalisation.
Il faut voir également Pressure, où un père, excédé par son épouse et ses enfants qui lui rendent la vie impossible, se laissent dynamiter au pied d’un arbre.
Toutes ces vidéos dérangent car on en ne reconnaît évidemment pas le Neil Young sérieux ou engagé de Harvest et de Rust Never Sleeps. Mais surtout elles montrent une Amérique grotesque perçue par un Anglais, qui plus est, est le réalisateur de clips attitré des Cure. Neil Young adorait le travail de Tim Pope car il était aux antipodes de tout ce qui se faisait à l’époque. Il lui faisait entièrement confiance et lui obéissait à la lettre, comme un véritable acteur.
Le must, c’est la vidéo de People On The Street. Tim Pope demanda à Neil Young de marcher dans les rues de San Francisco en faisant des claquettes. Au ridicule de la situation, Tim Pope en rajoute avec des crottes de chien sur le trottoir. Le résultat est sidérant. Les critiques et certains fans parlent de suicide commercial ou d'errance artistique. Moi j'adore.
Le site officiel de Neil Young: www.neilyoung.com
Le site officiel de Tim Pope: www.timpope.tv
16 juillet 2008
Neil Young
Wonderin
Quand on pense à Neil Young, on pense surtout au chanteur-guitariste inspiré par Dylan sur Harvest, ou à celui, plus électrique, de Rust Never Sleeps avec le Crazy Horse. Mais on se réfère moins au Neil Young des année 80, où l’artiste en a dérouté plus d’un. A commencer par le patron de sa nouvelle maison de disque.
En 1982, Neil Young quitte le label Reprise et signe un contrat avec David Geffen. Ce dernier lui promet une liberté artistique totale mais... refuse l'album Island In The Sun au profit de Trans, où des synthés côtoient des chansons initialement prévues pour un concept album sur l’Atlantide. Le suivant est à nouveau refusé par Geffen, le prétextant trop country. Neil Young opère encore une fois un virage à 90 degrés et enregistre un album de rockabilly : Everybody's Rockin (1983). Ce disque raconte l'histoire d'un groupe de rock'n’roll des années 50 : les Shocking Pinks. C’est une sorte d’hommage nostalgique à ses premières idoles : Eddie Cochran, Buddy Holly et surtout Elvis Presley, dont Neil Young est toujours resté fan. Sorti sans même avoir eu le temps de le terminer, deux titres manquants, Get Gone et Don't Take Your Love Away From Me, ont toutefois été enregistrés en public avec les Shocking Pinks et apparaissent sur la rétrospective Lucky Thirteen sortie en 1993.
Everybody's Rockin est un nouveau flop commercial. Pourtant, avec du recul, ce fut un beau risque. Refaire Harvest à l’heure où Madonna et Mickael Jackson sont en pleine gloire, aurait été ringard. Et puis, comme tout le monde, Neil Young s’est mis à faire des clips. Et les rares fois que l’on a pu voir Wonderin à la télévision, le single n’est pas passé inaperçu. Neil Young y apparaît comme un personnage décalé, un Américain qui aurait mal grandi ou qui aurait la gueule de bois, suivi par des choristes en costumes kitsch qui fredonnent sans cesse des doo-wap.
Si pour les fans et les critiques, la période Geffen aura été pour le Canadien l'ère du "n'importe quoi", elle aura été cependant pour lui un moment de liberté créatrice et de retour aux sources. Curieusement, j’éprouve un attachement particulier aux albums de cette époque. Pour moi, la grande flamme rock de Neil Young ne s’est jamais éteinte.
Le site officiel de Neil Young: www.neilyoung.com
