26 août 2008
George McCrae
Rock Your Baby
Critiques et exégètes continuent de se battre pour faire valoir quel artiste fut le premier à faire du disco. Certains parlent des premières productions de Giorgio Moroder, d’autres de la soul de Philadelphie ou bien des dérivés d’un nouveau genre, le funk.
La réalité est en fait à chercher au début des seventies du côté des boites de nuit new-yorkaises. Pas encore le Studio 44, le temple de la luxure, mais de celles bien plus undergrounds, fréquentées essentiellement par des blacks, des latinos et la communauté gay. On y passe de la soul, du jazz rythmé, des percussions africaines, le tout savamment enchaîné par des DJ érudits. Or ils sont de plus en plus, à être ni blacks, ni latinos, ni gays, mais qui, lassés des concerts dans les stades et avides d’une musique moins intellectuelle, éprouvent une folle envie de se vautrer dans une débauche de rythmes et de danses exaltées. Il suffisait alors de quelques singles efficaces pour allumer le grand public.
En 1974, le terme disco n’est pas encore dans toutes les bouches. Mais cet été, à la surprise générale, c’est George McCrae qui décroche la timbale. George McCrae avait commencé une carrière musicale au début des années 1960 avec son propre groupe The Jivin’ Jets. Le succès n’étant pas au rendez-vous, il était sur le point de reprendre ses études de droit lorsque Richard Finch et Harry Wayne Casey de KC & the Sunshine Band l’invitent à chanter les paroles d'une chanson qu'ils ont enregistrée pour eux, mais que personne au sein du groupe ne pouvait interpréter en raison des notes aiguës. Ainsi est né Rock your Baby. La vente de ce single est estimée à onze millions d'exemplaires dans le monde entier. Il fut en tête des hits-parades aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et dans plus de 80 autres pays.
Du coup tout le monde veut du disco. Les boites de nuit manquent. Certains organisent des dancings dans des gymnases, des hangars ou tout simplement au pieds de leurs immeubles : c’est déjà le début des blocs parties, ouvrant la voie au hip-hop. Et tout le monde danse, danse, danse, jusqu’à l’étourdissement. Même à la télévision, les artistes disco sont entourés de danseuses et de danseurs qui n’arrêtent pas de gesticuler. La contagion ne cesse de s’amplifier, jusqu’en 1979, où l’écœurement se fait ressentir.
J’étais bien trop jeune pour écouter George McCrae à l’époque. Mais c’est en trouvant une vieille cassette que j’ai découvert ce titre enregistré à partir d’un vieux magnéto mono. Il en sortait un son à la fois léger et puissant, pourvu d’une rythmique efficace mais tout en finesse, comme une grosse caisse cognant sur du coton. Longtemps après, et quel que soit le support, ce hit reste imparable.